A la lecture des avis outrés de personnes qui semblent ne l’avoir même pas lu, je pense que ce livre n’a pas été compris dans sa profondeur et sa puissance. Il parle d’amour filial, d’hypersensibilité, de solitude existentielle, de quête de sens ou de compréhension du non sens, de l’aptitude et de l’inaptitude au bonheur, de traumatismes transgénérationels, de la souffrance psychique, de maux contemporains, de théâtre et d’art, de l’enfance et de l’entrée dans l’âge adulte, de la dureté du monde, de l’amour d’un père pour sa fille, des tentatives d’accès de chacun au monde intérieur de l’autre et des perceptions ou du gouffre qui les séparent malgré l’immense affection. Certes il y a des passages crus sur les types de sexualités et sur les drogues, qui n’ont peut-être pas leur place pour une lecture par des adolescents en construction (ce qui fait toute la polémique du fait du prix Goncourt des lycéens) mais cela tient sans doute plus, selon moi, à une question de maturité et d’ouverture d’esprit (notamment à l’évolution des générations) qu’à une question d’âge. Certains adolescents comprendraient peut-être mieux la beauté de ce roman que leurs parents… Ceux qui sont choqués sont des conservateurs d’extrême-droite et ce sont leurs propos, sans esprit critique réellement «littéraire», qui me choquent davantage que certaines pages qui suscitent un peu le dégoût. Ils se ferment surtout, je pense, à la littérature et à la liberté créative et d’expression et censurent ainsi l’art et l’intelligence à leurs enfants. Dommage. Bravo Rebecca Lighieri pour cet audacieux et magnifique ouvrage!