Bonne surprise.
1956. Désespéré d'échapper à la misère, Amir parvient à quitter son Algérie natale pour aller travailler en France comme mineur de fond. Dans l'équipe de Roland, vieux briscard renfrogné, il découvre les dangers et l'angoisse des mines de charbon. Quelques jours plus tard, l'équipe doit accompagner l'énigmatique Pr Berthier à la recherche d'un site archéologique enfoui.
C'est vrai que la créature montre vite ses limites, mais avant ça elle est employée plutôt intelligemment. Je la préfère comme ça qu'en bouillie d'images de synthèse qui aurait complètement ruiné la lumière du film. La texture me fait même penser à certaines saletés de "The Thing" (on pourrait presque voir un pied de nez à Hollywood et au préquel de "The Thing" vomissant de CGI).
Il y a aussi pas mal de lieux communs du genre qui font avancer le scénario à coups de pompe. Les personnages sont assez peu développés au-delà de leurs archétypes, mais ce n'est pas gênant dans ce genre de film où les réactions priment sur le bagage. Alors on a le chef dur mais gentil quand même, le bras droit taiseux, le gars sympa, le gros gars sympa et la tête à claques. Le personnage d'Amir a un parcours plutôt intéressant. Anglade nous campe un Pr Berthier ambivalent, surtout quand on est familier avec les écrits de Lovecraft.
Lovecraft : la raison de la quatrième étoile. Je ne sais pas si c'est de la trahison ou de l'espièglerie, mais j'ai beaucoup aimé la façon dont Mathieu Turi s'est emparé de l'horreur lovecraftienne au-delà de la traditionnelle salade de calamar qu'on nous ressert dans tous les jeux et films à petits budget. On a une créature bien tangible et meurtrière, les vestiges d'un culte antédiluvien et une petite bande coupée du monde et confrontée à l'horreur. Je trouve que ça va un peu trop loin au moment de déchiffrer les les symboles, presque déçu qu'on n'entende pas prononcer le nom de C'Thulhu pour le même prix.
Le traitement des personnages aussi est assez rafraîchissant pour du Lovecraft. Pour rappel, on pouvait classer les personnages de Lovecraft en deux grandes catégories : les savants au poil brillant et les péquenauds consanguins (j'exagère à peine). Pour ceux qui connaissent, c'est un sacré renversement des codes de voir le personnage d'origine algérienne prendre la suite du professeur blanc et même le surpasser. Autant que de voir des prolos crados affronter la menace au lieu d'universitaires aux grands airs. D'ailleurs, le personnage de Berthier est à contre-courant des scientifiques de Lovecraft sur plusieurs aspects.