Mon regard sur En Fanfare
Bonjour,
Je suis allée voir En Fanfare au cinéma le jour de sa sortie, et ce film m’a profondément émue, bien que certaines fausses notes m’aient interpellée. L’intrigue explore des thèmes puissants, comme la rupture sociale et l’hérédité, avec une fatalité qui m’a parfois mise en colère. Ce fatalisme, presque imposé, donne au film un ton sombre, sans offrir le moindre happy end. Peut-être fallait-il y voir une leçon subtile : malgré leurs différences et leurs blessures, les deux frères ont eu la chance de vivre une histoire commune, portée par la musique.
Ce duo d’acteurs est l’âme du film. Benjamin Lavernhe, dans un rôle de chef d’orchestre, brille par son interprétation sensible et intense. À travers ses dialogues, on sent son désir de comprendre l’autre, de combler cette rupture sociale et familiale qui les sépare tout en les unissant. Pierre Lottin, lui, livre une performance bouleversante, entre naïveté désarmante et une colère intérieure presque palpable. Ce mélange d’agressivité et de profonde gentillesse rend son personnage fascinant, bien que limité par un cadre social oppressant.
Jacques Bonnaffé, fils du Nord par excellence, apporte une authenticité indéniable. Son accent, un peu trop appuyé par moments, rappelle avec force ses racines, presque comme un clin d’œil à l’âme de la région. Je l’adore pour cela, même s’il flirte parfois avec la caricature.
La musique, notamment le Boléro de Ravel, n’intervient qu’à la fin, mais elle joue un rôle clé. Cette référence à une œuvre universelle, exigeant une oreille absolue — ou presque —, symbolise ce lien fragile mais puissant entre les personnages. La fanfare elle-même est une belle métaphore : elle démarre désaccordée, mais apprend peu à peu à jouer ensemble, à trouver son harmonie, malgré les dissonances du passé.
Enfin, la dimension sociale m’a particulièrement marquée. Le film rappelle que, bien qu’on naisse d’une mère, on devient profondément façonné par le milieu dans lequel on grandit. Cette thématique, portée par le dialogue et les silences, tisse un fil rouge émouvant, mais parfois pesant. On y voit le poids des origines, les dérives et les souffrances des trajectoires humaines, tout en mettant en lumière les limites imposées par la société.
En résumé, En Fanfare est un film imparfait, traversé de fatalisme et de tensions, mais porté par des performances d’acteurs magistrales et une musique qui touche l’âme. Il m’a bouleversée, tout en laissant en moi un sentiment mitigé, comme une note suspendue, prête à vibrer encore.
J’ai une pensée particulière pour Benjamin Lavernhe, qui a fait naître en moi une partition où le DO prédomine, servant de pivot harmonique, célébrant un ostinato constant et presque hypnotique, reposant sur une base musicale simple que je lui partagerais bien volontiers....
Emeraude B