Ce roman d'une grande érudition historique et au vocabulaire très riche nous fait connaitre un fait divers de l'histoire du Montréal de 1933 qui a dégénéré en émeute. Il dresse un portrait fidèle et documenté de divers quartiers de l'époque, principalement de la rue St-Laurent, alors peuplée d'immigrants pauvres et allophones. Plusieurs des personnages du roman ont existé réellement. La reconstitution des lieux est poussée à la minutie plus extrême, au point que l'énumération des noms des commerces ou autres édifices finit par lasser même le lecteur qui possède des souvenirs de cette époque lointaine.
Le réalisme social et politique de l'auteur n'a toutefois pas autant d'intérêt sur le plan psychologique et littéraire. L'héroïne principale, pourtant prometteuse avec son caractère émancipé et ses idées peu romantiques, n'est qu'une marionnette du narrateur, qui la convertit au socialisme en une page ou deux. Peut-être trop fidèle aux faits, l'intrigue ne lève pas. Les personnages secondaires, eux aussi potentiellement intéressants, ne sont pas exploités selon leur potentiel.
En somme, on aurait souhaité que l'auteur se libère du réalisme socialiste pour pousser ces personnages au bout de leurs possibilités, quitte à dénaturer davantage la vérité historique.