On reproche à ce film de survoler, de manquer de profondeur. Pas du tout mon ressenti. Le scénario ne décortique rien, en revanche il "montre" très bien. Par exemple, on ne connaît pas les détails des épreuves traversées lors de la 2ème guerre mondiale (persécution, famine, perte et séparation des proches...), mais on en voit bien les dégâts sur la vie de 3 rescapés. La profondeur des personnages est très bien perçue à travers les formidables dialogues ou par les situations. Je préfère nettement cette profondeur subtile que les films qui ont besoin de tout expliciter avec des mots.
Certains reprochent à ce film d'avoir des personnages manichéens, le bon et le méchant. Avons-nous regardé le même film? Certes, le riche mécène américain a de très vilains défauts, mais il a quand même plusieurs mérites: apprécier l'esprit innovant en architecture du personnage principal au point de défendre son projet architectural en dépit des fortes objections, apprécier l'esprit tout court de l'architecte (leurs superbes échanges). Le mécène a aussi le mérite de son franc-parler. Quand au personnage principal, l'architecte (du courant brutalisme d'où le titre du film), ce n'est pas du tout un saint, bien au contraire, ses failles sont terribles. On peut avoir de l'empathie du fait que c'est un homme brisé par les méfaits de la guerre (liens de cause à effet implicites). Mais ce n'est pas parce qu'il est une victime qu'il faut le voir sur un piédestal.
L'antisémitisme de la part de chrétiens américains transparaît à plusieurs reprises (un juif à qui on confie la construction d'une chapelle catholique, c'est très mal perçu, mais pas rédhibitoire). Mais je ne l'ai pas perçu comme une thématique pesante du film.
C'est l'histoire d'un destin. Un film passionnant qui m'a tenu en haleine. Des personnages riches, des dialogues fluides et féconds. Des réflexions intéressantes sur l'architecture. Les temps dits "morts" (sans utilité pour l'histoire), pour moi c'était de l'envoutement. La beauté était naturellement sublimée, tandis les endroits laids étaient bien glauques. La musique était transcendante. La façon de filmer avait des originalités tout en restant fluide (parfois un peu trop appuyé tout de même). Quelques scènes étaient très dérangeantes (le garçon de 13 ans assis derrière moi se mettait à donner des coups de pied dans mon fauteuil...), mais elles ne sont pas gratuites. Je n'ai pas mis 5 étoiles, parce qu'il y avait des lourdeurs (le premier tête-à -tête entre l'architecte et son épouse, beurk), et quelques passages obscurs. Enfin, j'étais perplexe de voir une actrice de 39 ans (Felicity Jones) jouer une femme vieillissante qui a prétendument des cheveux blancs. Pour ce qui est de Adrien Brody, tout le monde est d'accord qu'il a bien mérité ses multiples prix de "meilleur acteur". Je pense que la mise en scène aussi.