Je n'en reviens toujours pas qu'un tel livre existe sur cette planète. Mieux vaut lire ce petit bouquin que trois tonnes de thèse philosophique sur l'origine du langage et la théorie de l'inconscient, le nominalisme ou le réalisme des idées, des nombres et sur le problème de l'essence des mathématiques, et sur l'amour le vrai, le pur, celui qu'on n'a jamais pu vivre et je vous garantis sur facture, il s'y trouve. Entre raison et folie, la conscience d'Alicia tient bon. Entre deux sourires sur la crête de l'humour qui domine les deux versants infinis, celui de l'abîme de la mort, celui de la vie et de l'amour de la vie, vous pourrez vaciller, et il vous faudra danser pour tenir en équilibre, tel un Chat de Shrödinger entre Stella Maris et Le passager, puisque (alerte spoiler divulgacherie ne lisez pas ce qui suit) l'un des deux amoureux est mort dans un des deux romans quand l'autre est vivant, et vice-versa (on pourrait dire vive-versa). C'est donc toute la question d'être ou de ne pas être. Et qui reste de celui qui aime... Cette intrication de type quantique est d'autant plus abyssale que leur publication se fait au seuil de la mort, comme si avec Le passager Cormac McCarthy nous envoyait un message de l'autre coté du miroir, ayant signé avant d'embarquer le premier roman réellement quantique de l'histoire de l'humanité. Cela ne redéfinit-il pas le langage, en l'occurrence la littérature magistrale de Cormac McCarthy, comme une réalité double et pourtant vivante dans son miroitement ? A vous d'envoyer vos photons de lecteur. Le mien se résume ainsi : LOVE FOR EVER Cormac McCarthy Je t'aime pour la vie et donc à la folie.