Un livre enthousiasmant, qui a du souffle, et de l'ambition. A un premier niveau, Nathan Harris fait preuve d'un exceptionnel talent de conteur, en installant une atmosphere, lourde, tragique, tendue. Au delà, il peint la fracture occasionnee par la guerre de secession dans la société americaine, les nevroses et la violence du sud, la tragedie de l'esclavage, de sa monstruosité, de ses traumatismes, indelebiles, à travers les figures poignantes de Prentiss, et de Landry, enfant martyr devenu adulte sacrifié. Il represente des duos subtils, faits de silence, d'incomprehension, et de complementarités (Landry, Prentiss. Prentiss, Georges. Puis Prentiss, Caleb. Ainsi que Georges, Isabelle). Derriere la perspective d'une reconciliation possible, ou du moins d'un avenir commun entre oppresseurs et oppressés, demeure l'empreinte durable, doloureuse dans ce roman comme une plaie à vif, de la haine et de la violence originelles, dont la société americaine porte encore les stigmates... Enfin, un style epique et poetique, qui porte le recit.